En quoi consiste une analyse de l'activité ? Lorsque l'on fait l'analyse ergonomique d'une situation de travail, il est fondamental de différencier :

  • la tâche prescrite : la tâche telle qu'elle est officiellement prescrite et devrait être théoriquement réalisée par les utilisateurs,
  • l'activité réelle des utilisateurs : ce qui est réellement mis en place par l'utilisateur pour réaliser la tâche prescrite.

On parle également de tâche prescrite et de tâche effective (dans le sens de "effectivement réalisée"). Ces notions sont à rapprocher de celles qu'évoque Richard, quand il parle de logique de l'utilisation (point de vue de l'utilisateur) et de logique du fonctionnement (point de vue du technicien).

Les problèmes ergonomiques proviennent principalement du fait que les situations de travail sont développées sur la base de la tâche prescrite et non de l'activité réellement mise en place par l'utilisateur.

Si l'on souhaite concevoir un produit ergonomique, il est nécessaire d'adopter une approche anthropocentrée, centrée sur l'utilisateur, et non "produit centré", "organisation centrée" ou "techno-centrée".

C'est l'utilisateur qui devrait guider les choix de conception et les techniques sous-jacentes, pas l'inverse.

La métaphore de la résolution de problème permet de mieux définir la notion de tâche prescrite : il s'agit d'un objectif (ou encore d'un but) à atteindre, dans un espace donné, aux moyens d'opérations données. Dans cette perspective, la tâche prescrite est décomposable en sous-tâches.

L'objectif de l'analyse de l'activité est d'identifier les processus (physiques, psychologiques, organisationnels, sociaux) et les différentes sous-tâches mises en oeuvre par les utilisateurs pour réaliser la tâche prescrite.

Exemple d'intervention pour accidents de travail multiples

Prenez l'exemple d'un ergonome intervenant dans une entreprise pour tenter de comprendre les raisons d'accidents de travail multiples. Il serait une erreur de se baser uniquement sur l'analyse des manuels décrivant les procédures officielles de travail et sur des entretiens avec les dirigeants de l'entreprise. Bien évidemment, ces éléments sont importants pour saisir la globalité de la situation, mais ne suffisent pas pour comprendre cette situation du point de vue de l'utlisateur.

Et pour cause, l'activité réellement mise en place par les utilisateurs ne correspond jamais à la tâche telle qu'elle est initialement prescrite ! Cela est vérifié quel que soit le domaine et les risques encourus par l'utilisateur.

Appréhender l'activité réelle et l'utilisation discrétionnaire

Il existe de multiples raisons qui font que l'utilisateur se comporte différemment de ce qui était prévu : volonté de rendre la tâche plus facile, moins pénible, plus rapide, plus confortable, etc. L'être humain évolue sur le principe de l'économie physique et cognitive, au risque de se confronter à des situations d'échec la plupart des cas ou à un danger de mort dans des cas extrêmes.

L'utilisateur s'approprie la situation de la travail et adopte une utilisation discrétionnaire.

C'est en appréhendant cette appropriation et cette utilisation discrétionnaire que l'on peut analyser pleinement la situation de travail et apporter des solutions bénéfiques pour l'utilisateur et l'organisation.